crise forestière

Photo du groupe.

À Baie-Comeau, le 5 avril dernier, des étudiants au BACC en développement social et analyse des problèmes sociaux de l’UQAR ont organisé une journée sur la crise forestière et l’avenir du secteur forestier dans notre région.

Cette journée a été très intéressante et surtout très enrichissante entre autres de par les conversations que nous avons eues avec les étudiants présents.

Nous vous présentons le compte-rendu que ces étudiants ont produit suite à leur visite chez-nous.

Compte rendu
Sortie sur le terrain en Côte-Nord
Thème : Forêt et territoire

Du vendredi 4 au dimanche 6 avril avait lieu en Côte-Nord une sortie sur le terrain organisée par les étudiants et étudiantes au baccalauréat en développement social et analyse des problèmes sociaux de l’UQAR. L’un des objectifs de cette activité était de permettre aux étudiants de réaliser de nombreux apprentissages et de se confronter aux réalités vécues par les populations, les groupes, les collectivités. Par ailleurs, un autre objectif était de réunir différents intervenants autour de thématiques particulières : soit la forêt et le territoire. Ainsi, nous souhaitions avoir un impact sur le milieu d’accueil et participer aux réflexions autour de ces problématiques.

1. Journée sur la crise forestière et l’avenir du secteur forestier
Lieu : Restaurant le Côté-Côte
Date : Samedi 5 avril

En organisant cette journée, nous avions un objectif ambitieux : faire le pont entre :

• Les employés et les représentants syndicaux sérieusement touchés par la crise ;
• Les intervenants liés au secteur forestier et les leaders régionaux concernés par la crise.

En tant qu’intervenants sociaux en devenir, nous sommes d’avis qu’il est important que les différents groupes se concertent, discutent et travaillent ensemble dans le but d’identifier et de tenter de résoudre les problèmes auxquels ils sont confrontés.

1.1 Panel sur la crise forestière et la situation vécue par les employés
Heure : 10h00 à 11h45

Panélistes

• M. Joël Perreault, représentant Syndicat canadien communication, énergie et papier Côte-Nord (SCEP)
• M. Dany Beaudin, président SCEP Local 352 – papetière de Baie-Comeau
• M. Robin Dionne, président du Syndicat des travailleurs forestiers d’Abitibi-Bowater sur la Côte-Nord
• M. Bernard Plante, vice-président du syndicat des travailleurs de la Scierie des Outardes

L’un des points marquant de ce premier panel est le fait que la crise forestière touche tous les travailleurs du secteur forestier. Chiffre à l’appui, M. Joël Perreault affirme que sur les 2800 travailleurs forestiers de la Côte-Nord en 2001, « 1000 sont maintenant sur le carreau ».

Les causes?
Les quatre représentants présents s’entendent sur le fait que la crise forestière est due à une série de facteurs dont la hausse du dollar canadien, la baisse de la demande des États-Unis en bois et le coût élevé de la fibre. La diminution des droits de coupe des CAAF, le besoin d’aller chercher la ressource de plus en plus loin et l’augmentation des coûts de transport sont d’autres facteurs expliquant la crise actuelle selon eux.

Un des panélistes, M. Perreault, a soulevé le fait que l’industrie forestière « s’est remplie les poches » durant de nombreuses années en surexploitant la forêt. Bien que la gestion de la forêt se soit améliorée depuis le début des années 90, il demeure que la forêt en Côte-Nord se régénère difficilement et lentement. Il faut donc attendre que les arbres repoussent.

La situation vécue par les employés
Selon les panélistes, le gouvernement ne fait rien d’efficace pour aider les travailleurs touchés par la crise. En effet, les critères des programmes d’aide aux employés sont si nombreux et exigeants que peu de travailleurs en bénéficient. En ce sens, M. Perreault déplore que les montants d’argent supposés servir à venir en aide aux employés dorment dans les coffres et ne se rendent pas jusqu’à eux. De plus, bien que des programmes de formation et de relocalisation des employés mis à pied existent, « rien n’est fait pour les travailleurs de 50 ans et plus » selon M. Plante.

Les panélistes ont également soulevé le fait qu’ils reçoivent de plus en plus la visite d’employés inquiets ou vivant des situations difficiles. En effet, certains des employés mis à pied recevant des prestations de chômage arrivent à la fin de la période d’admissibilité.

Le Livre vert
À prime abord, les intervenants présents semblaient mitigés quant au Livre vert déposé par le ministre Claude Béchard, le 14 février dernier. En effet, ceux-ci affirment que le Livre vert propose des pistes de solution pour 2013, mais que d’ici là, rien n’est prévu. Il n’y a pas eu, selon eux, de réelle rencontre avec les acteurs du milieu, ni de plan ou de programmes pour venir en aide aux travailleurs et trouver des solutions rapides à la crise. Les programmes gouvernementaux sont en effet trop portés sur le long terme, et semblent accepter des sacrifices inacceptables à court terme pour arriver aux objectifs qui ont été fixés. Bernard Plante illustre bien ce phénomène lorsqu’il exprime sa crainte de voir le gouvernement laisser les travailleurs « tous crever » pour essayer de construire quelque chose avec ceux qui resteront après cette hécatombe…

Pistes de solutions
Parmi les pistes de solutions soulevées durant ce premier panel, l’idée de faire de la deuxième et troisième transformation est revenue à quelques reprises. L’industrie gagnerait à faire des produits à valeur ajoutée, et non seulement des « 2×4 ». Or, cette solution est difficilement envisageable pour l’instant selon M. Perreault étant donné que « les poches des industriels sont vides ». En ce sens, il affirme qu’il est primordial que l’industrie de première transformation fonctionne bien avant d’envisager la deuxième et la troisième transformation. Des investissements ciblés de l’industrie pour la 2e et 3e transformation auraient été un moyen d’amortir la crise qui touche actuellement les entreprises québécoises parfois contraintes de fermeture, temporaire ou définitive.

M. Robin Dionne, quant à lui, est d’avis que le raffermissement du prix du bois et l’augmentation de la productivité des scieries sont nécessaires à une résolution de la crise. Dans une vision à long terme, il est urgent de changer nos manières de penser : de valoriser le bois et d’en être fier. Ainsi, le Québec devrait favoriser l’utilisation de bois comme matériaux de construction. Par exemple, des poutrelles en bois pourraient être utilisées dans la construction de nombreux édifices, d’autant plus qu’elles sont aussi performantes et solides que le métal.

Finalement, les panélistes présents se sont inquiétés de la mauvaise presse que subit l’industrie forestière. Cela n’encourage pas les jeunes à prendre la relève selon eux.

Le rôle des « leaders » régionaux
Tout juste avant le début de ce panel, un questionnement était sur les lèvres de certains participants : où sont les leaders régionaux? En effet, aucun de ceux-ci n’étaient présents, malgré que plusieurs intervenants d’organismes aient été contactés et que l’évènement fut annoncé dans les médias écrits locaux.

Cette absence des leaders régionaux dérangea certains participants à l’activité, dont Mme Charlaine Sirois, du SCFP. Celle-ci affirma que la collaboration entre les syndicats et les organismes de développement, dont le CLD, n’est pas facile. Mme Sirois donna l’exemple de réunions organisées par ces organismes où le langage n’était pas accessible à tous et où les décisions semblaient déjà prises : « on dirait que la « trail » est déjà tracée d’avance ». Ces réunions sont peu adaptées aux travailleurs qui sont habitués d’être dans l’action.

Par ailleurs, Mme Sirois affirma qu’elle a souvent visité ces organismes mais qu’elle reçoit en contrepartie peu de visites de ces derniers.

1.2 Panel sur les pistes de solutions et nouveaux usages de la forêt
Heure : 13h15 à 15h00

Panélistes

• Mme Lisette Roberge, Conférence régionale des élus (CRÉ)
• M. Bernard Jobin, professeur en foresterie au CÉGEP
• Mme Judith Gagné, chargée de projet CEDFOB
• M. Charles Warren, Regroupement des industriels forestiers de la Côte-Nord

Causes de la crise
Globalement, les opinions des intervenants de l’après-midi se rapprochent de celles de l’avant-midi. En effet, M. Jobin croit que la crise actuelle est causée en partie par une diminution du prix du bois.

Par ailleurs, M. Warren est d’avis que la crise n’est pas attribuable à une mauvaise gestion mais bien à des problèmes d’ordres économiques. De plus, celui-ci affirme que le plus gros problème est la perception du public de la gestion forestière. En ce sens, il est d’avis que le système de gestion forestière actuel pourrait être valable si la perception du public était favorable à son endroit.

Valorisation du bois
À propos de la valorisation du bois, Mme Judith Gagné a une opinion allant dans le même sens que les panélistes de l’avant-midi. En effet, celle-ci croit que la valeur du bois est sous-estimée au Québec et qu’il est primordial que le bois soit davantage utilisé dans la construction. Mme Gagné a donné l’exemple d’une usine en Abitibi qui fabrique des poutrelles en bois.

Se doter d’une vision
Interrogés sur les problèmes dans le système de gestion forestière, les intervenants mettent en avant les divergences qu’il existe entre les visions du gouvernement, des acteurs du milieu et de la société québécoise en général vis-à-vis de la Côte Nord et de l’utilisation des ressources qu’elle possède. En effet, avec l’État qui souhaite faire une gestion globale des forêts sur le territoire mais ne prend pas en compte les caractéristiques biophysiques propres aux régions, les gens du milieu qui veulent être maîtres de la gestion de leurs ressources, et des acteurs externes qui prônent d’autres éléments comme par exemple la préservation de la forêt boréale, on se retrouve dans un espace conflictuel. Les différents groupes d’intérêts concernés par la gestion forestière doivent donc se concerter et tenter de développer une vision commune.

Les intervenants présents ont insisté sur la nécessité d’avoir des objectifs clairs et précis en terme de gestion forestière, de travailler ensemble pour élaborer un modèle de gestion afin de remplir les objectifs retenus. La vision de la forêt et de son modèle de gestion sont à la base de tout, et la réflexion à ce sujet doit se faire dans une perspective à long terme : où veut-on aller, pourquoi et comment ?

L’avenir
À la lueur des propos de ce panel, la situation ne s’améliorera pas du jour au lendemain dans le secteur forestier. En ce sens, Mme Roberge ne voit pas de solution à court terme de la crise forestière. Cependant, les panélistes ont affirmé le besoin de trouver des solutions rapides et d’élaborer des programmes clairs et efficaces pour enrayer à court terme les effets de la crise, et amortir l’impact des fermetures et des mises à pieds dans le milieu
Tout n’est pas noir et les intervenants s’accordent à dire qu’il faut le montrer aux promoteurs, se donner les moyens et la flexibilité pour avancer. Tout est une question de volonté sociale et politique, de choix d’investissement pour le futur.

Document préparé par Jason Fournier,finissant au baccalauréat en développement social et analyse des problèmes sociaux.

À partir des comptes-rendus de Camille Legand, étudiante à la maîtrise en développement régional, Nathalie Bourdages, étudiante au baccalauréat en développement social et analyse des problèmes sociaux, Aude Buévoz, étudiante à la maîtrise en développement régional, David Thériault, Finissant au baccalauréat en développement social et analyse des problèmes sociaux.